Découpages dans l’(in-)conscient collectif

L’Espace Saint-François, à Lausanne, s’ouvre à deux expériences picturales en accueillant simultanément David Curchod et Pierre Bonard.


Les deux artistes établis à Lausanne convoquent des symboles ou des éléments quotidiens populaires sur un mode déconcertant et ambigu. David Curchod emprunte au vocabulaire de la culture de masse, qu’il isole pour mieux le détourner. Dans ses compositions symétriques, Superman, le pape, Elvis ou des GI s’affichent crânement dans des postures affectées et théâtrales, où les femmes sont des call-girls flattant un boxeur prêt à en découdre.


La couleur s’est quasiment retirée de l’oeuvre, barbouillant de traits rapides la chair à vif du personnage central. Autour, le découpage virtuose du papier, généralement blanc, permet de distinguer par effet de relief des étoiles filantes, des slogans, des costumes chamarrés, comme autant d’emblèmes communs vidés de leurs qualités expressives. Se révèle alors une étrange célébration de la puissance virile, entre imposture et frémissement vital. 

 

De son côté, Pierre Bonard procède également par découpages dans le réel, sélectionnant dans chacun de ses petits formats vêle alors une étrange célébration de la puissance virile, entre imposture et frémissement vital.  De son côté, Pierre Bonard procède également par découpages dans le réel, sélectionnant dans chacun de ses petits formats un objet du quotidien. Le trait est volontairement gauche, le fond d’une teinte vive, voire agressive.  Parmi les caddies, vélos, nid ou tête de mort, se glissent de surcroît des éléments difficilement identifiables, entassement saugrenu de cailloux ou donut bleu lévitant en apesanteur.


A l’effet criard de ces pièces, tapissant les murs par dizaines, s’ajoute une dimension d’étrangeté malsaine. Un bougeoir dresse ses pics noirs et acérés, tandis que tente, barrière ou rideau suggèrent un sentiment de claustration.


Au final, les deux peintres usent de banalités convenues pour faire surgir en filigrane un ordre plus primaire qui révèle ses codes triviaux dans une esthétique volontairement crue et rugueuse.

 

Isabelle Vuong, 24Heures, 12 septembre 2008


 

 

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