Sylvie Mermoud - Presse

 

Duo de jardiniers complices

 

Virage radical dans la peinture de Sylvie Mermoud. Plus trace de ses hautes pâtes meurtries, ses peaux matiéristes et contemplatives et ses monochromes cisaillés de couleurs profondes. La couleur reste sa grande affaire et sa passion gourmande, mais posée à l’acryl désormais, avec des matières fluides et des transparences enjouées.  Et qui se fait soudain légère pour décliner ses variations biologiques et florales sur fond de coulures en trames souples. Des coulures qui viennent faire écho aux sculptures filiformes de Nicolas Pahlisch, quand elles ne font pas carrément mine de se confondre avec leurs ombres.
A l’inverse, la végétation métallique fantasque et oscillante que le sculpteur d’Ollon dessine et gribouille lyriquement dans l’espace, semble avoir pollinisé le mur où fleurissent les petits formats de Sylvie Mermoud.
Ailleurs, c’est une tulipe ondoyante qui semble s’être ‘échappée d’un tableau pour s’épanouir juste à côté. Ou une efflorescence hirsute et délicate qui se balance doucement. A quatre mains et deux voix, les deux jardiniers complices herborisent en poètes du provisoire et du fragile, du capricieux et de l’intime, de l’émotion sur nature et d’une flore imaginaire.

 

A  l’explosion chromatique succède l’espace introspectif et crépusculaire de Sylvie Mermoud. Les compositions grises de la Lausannoise fonctionnent aussi bien en petites séries de format A4 qu’en gigantesques fresques de 2 x 1,5 mètres. Renouant avec l’iconographie des natures mortes de XVIIe siècle, la peintre s’approprie le motif de crâne humain ou Vanité. Formes mouvantes et embuées, gris souris ou noir profond, les crânes se dissolvent dans l’onctuosité laiteuse de l’acrylique, s’entourent vaniteusement d’une fine pellicule argentée ou dorée, ou explorent les deux faces d’un verre circulaire dans un jeu de cache-cache pernicieux. Un charme opère sur le visiteur, hésitant entre répulsion intuitive et fascination de l’œil. 

 

Françoise Jaunin, 24 heures, le 10 juin 2008


"Sylvie Mermoud travaille par couches, par transparences. Sa quête picturale est incessante, intransigeante. Sa technique repose sur un travail de superposition. La matière picturale, par la multitude des recouvrements, est tour à tour creusée, tranchée et dissipée par un tracé incisif.
Le dessin est ici primordial. À la manière d’un graveur, Sylvie Mermoud exalte le trait, joue sur les variations de la trame et confère à l’ensemble une qualité subtilement graphique. Par le geste et l’action, l’artiste questionne les notions de surface et de profondeur.
Si les tracés entaillés restent abstraits, l’artiste laisse par endroits une place à la figuration. Ses touches peintes et camouflées, tantôt calmes et homogènes, tantôt agitées, prennent la forme de paysages intérieurs, de végétaux en train d’éclore.
Les sillons ouvrent la voie à la redécouverte d’une stratification souterraine impétueuse. Sans cesse en mouvements, turbulent, empreint d’une énergie quasi magnétique, c’est un langage fort, personnel, à la fois éruptif et souverainement maîtrisé."

 

L’été de l’Espace culturel, Laurent Gallay et Sylvie Mermoud. Pierre Hugli
Ph+arts N° 68 , juin-juillet 2007


La technique de SYLVIE MERMOUD repose sur un travail de superposition. La densité de la peinture, par la multitude des recouvrements, est tour à tour creusée, tranchée et dissipée par l’exécution d’un tracé incisif.

Le dessin devient dès lors primordial dans le travail de l’artiste. A la manière d’un graveur, Sylvie Mermoud exprime le trait, joue sur les variations de la trame et procure à l’ensemble une qualité subtilement graphique. Par le geste et l’action, l’artiste questionne les notions de surface et de profondeur. Les sillons ouvrent la voie à la redécouverte d’une stratification souterraine impétueuse : toujours en mouvements, turbulents, voire même empreints d’une énergie magnétique.

Si les tracés entaillés restent abstraits, Sylvie Mermoud laisse par endroits une place à la figuration. Ses touches peintes et camouflées, tantôt calmes et homogènes, tantôt agitées, prennent la forme de paysages intérieurs ou de végétaux épanouis.
Plus troublant pourtant, le spectateur est rapidement confronté à des ossatures crâniennes qui se détachent de la surface. Ici et là, nous apercevons des têtes comme autant de regards insistants, une présence qui nous ramène à notre propre existence. Les motifs apparaissent et disparaissent au fil de notre réflexion, alors que les concepts de "fragilité", de "maîtrise" ou de "peur" nous envahissent peu à peu.

Cette dualité se retrouve également dans le choix chromatique de l’artiste. Sylvie Mermoud a abandonné les surfaces colorées pour se concentrer exclusivement sur une palette introspective. Les noirs et les blancs se mêlent dorénavant aux dorés et aux argentés. Le mat et le brillant jouent avec l’ombre et la lumière, procurant à l’ensemble une qualité à la fois mouvante et fugitive.

Bien que le thème de la vanité occupe une place centrale dans la peinture de Sylvie Mermoud, le caractère morbide ne l’emporte pas pour autant. Au contraire, la peinture de l’artiste regorge de vitalité, elle n’est jamais arrêtée ou figée, mais en perpétuelle métamorphose. Qu’il s’agisse de meurtrissures, de cicatrices ou de vanités, l’artiste matérialise une figure emblématique d’absence pour nous confronter à une réalité déstabilisante. Substantielle et cérébrale, la peinture de Sylvie Mermoud incorpore une spiritualité et fonctionne comme un "retable contemporain" devant lequel nous ne pouvons que nous recueillir.

 

Aline Guberan, Historienne d’art le 21 mai 2007


Murielle Michetti et Sylvie Mermoud à Lausanne

Photographe et peintre alchimistes S'il fallait trouver un point commun aux deux hôtes d'ESF, on soulignerait d'abord l'intaille, discrète mais essentielle, qui traverse leur travail. Dans les très belles images voilées de la photographe Murielle Michetti, une fente découpe à la verticale l'architecture urbaine, à l'horizontale un paysage naturel, et ouvre à chaque fois sur une réalité qui nous embrouille. Quant à Sylvie Mermoud, les griffures qui percent en profondeur ses peintures stratifiées en révèlent lumière et vibration. Pour les deux artistes, l'accrochage s'inscrit aussi comme une première fois. Michetti, en cours de formation à l'Ecole de photographie de Vevey, y présente l'ensemble de son travail après avoir participé à deux premières collectives en France, et Sylvie Mermoud lève le voile sur ses nouveaux travaux. La Lausannoise a en effet troqué sa palette de couleurs vives pour les noirs et les blancs piqués d'argenté, la toile pour le papier, enfin, l'huile pour l'acrylique. Une série de changements dont elle semble encore s'étonner elle-même, savourant une nouvelle liberté dans le geste, un travail « moins austère », et l'apparition soudaine de la figure ronde qui parsème ses petits formats - boules de coton, corolles enneigées, coquillages nacrés. Bannie vraiment, la couleur ? Pas si vite ! De loin, de près, de biais, l'image « tachée » de reflets métalliques mat ou brillant s'enveloppe soudain de bleu et de rose tendre.

 

Valérie Maire 24 Heures, 2 juin 2005


Chorégraphie de la couleur

 

Sylvie Mermoud

Peintures

Dans une exposition de Sylvie Mermoud, il faut alterner plusieurs temps de regard. Le constat vaut, bien sûr, pour toute exposition, mais la peinture de la Lausannoise le rend plus impératif encore. Presque comme si elle induisait une sorte de chorégraphie des corps, un pas de deux à trois temps: tantôt les attirant de tout près pour que l'oil puisse à loisir arpenter ses géographies de la couleur; tantôt les forçant à reculer de quelques pas pour inclure dans leur écran visuel les séquences de deux ou trois toiles accrochées pour se faire écho, soit parce que leurs nuances se «frottent» et s'électrisent dans un champ de tension vibratoire, soit parce que leurs couleurs, entre épidémie et couches pro- fondes mises à nu par les griffures et incisions, s'inversent comme positif-négatif; et tantôt les invitant à une déambulation dans l'espace, une promenade de la couleur où, pour dialoguer avec les différentes zones du grand hall, les formats des toiles, rythmes d'accrochage et répons chromatiques sont réglés et interprétés comme une partition musicale. De près comme de loin, à l'arrêt comme en mouvement, Sylvie Mermoud n'en finit pas de réinventer le mono- chrome, scarifiant, dessinant et sculptant la pâte de la couleur comme chair vivante ou topographie imaginaire.

 

24Heures - Françoise Jaunin


S'immerger dans l'espace de la peinture

 

Exposition, CHUV . L'artiste lausannoise Sylvie Mermoud explore ce qu'il y a de plus profond dans la peinture: la peinture. Des tableaux à pénétrer du regard, comme des surfaces de peau griffées et scarifiées dévoilant la profondeur de leur chair.

 

Les visiteurs du CHUV sont transportés au cour de la peinture, c'est-à-dire quel- que part entre la surface et la profondeur de ces espaces colorés, entre l'épiderme de la toile et la pâte épaisse des couches de pigments superposées. Un voyage qui n'a rien d'intellectuel. Il n'y a pas de figuration imposée, rien à reconnaître ou à déchiffrer.

 

Chromatisme crânien

Les toiles de Sylvie Mermoud s'appréhendent avec l'oil, pas la raison. La sensibilité seule fait tout, aucun bagage n'est requis pour pénétrer l'univers de l'artiste, qui nous convie à une confrontation presque physiologique avec la couleur et le dessin.

Les jeux chromatiques, parfois durs comme des traînées de sang sur un gazon anglais, parfois doux comme des coulées de caramel sur un soleil au mitant, flattent l'oil dans sa physionomie même. Sans artifice optique poussant la rétine dans ses retranchements, les tableaux de Sylvie Mermoud interagissent directement avec nos yeux. Us en épousent, dirait-on, la structure intime et pénètrent, comme une drogue, la rétine, qui se perd dans une écriture sans sens et dans des aplats de couleurs tout en profondeur. Jeux subtils d'harmonies et de dissonances, de dévoilements et d'oblitérations.

 

Equilibre instinctif

II n'y a rien de systématique dans ce travail. Chaque toile est une nouvelle aventure, une lutte entre l'ordre et le désordre, comme la recherche d'un équilibre dans le chaos. Les couleurs se confrontent, s'accordent en camaïeux ou cherchent leur complémentarité. Le geste est naturel, instinctif, sensible, il n'est pas guidé par la raison, juste porté par l'intérêt de l'artiste pour la peinture, qu'elle transfigure en lumières, en matières et en mouvements. À voir dans le hall du CHUV jusqu'au 27 novembre.

 

Uniscope - 31.10.03 - Stéphane Gachet


"Regards croisés" à l'Hôtel de Ville d'Yverdon-les-Bains: la dernière exposition de l'année

 

Sylvie Mermoud: la griffure entre trace et écriture

 

Chez Sylvie Mermoud aussi, la création picturale est une occasion de mettre en corrélation des contrastes omniprésents. Et pour commencer, entre couleurs complémentaires, par la juxtaposition des ouvres entre elles; puis aussi en raison du fond coloré des compositions, dans lesquelles l'importance de la pâte, souvent appliquée en épaisses couches superposées, joue un rôle capital; enfin les traces - lignes, griffures, sillons - littéralement gravés, qui rythment et orchestrent lesdites compositions. Celles-ci évoquent alors tantôt une certaine violence, tantôt de La douceur au contraire, quand ce n'est pas de la poésie ou des envolées lyriques.

Derrière un travail d'apparence monochrome au premier regard, se cache en réalité un univers pictural d'une grande richesse. Sylvie Mermoud, présente ici avec une dizaine d'huiles sur toile de 160 x 120 cm pour la majorité d'entre elles (les autres ayant 160 x 100 cm et 100 x 100 cm respectivement), travaille sur des compositions affichant généralement une hauteur invariable de 160 cm, indépendamment de leur largeur ; cela pour une question d'unité et de rigueur en matière d'accrochage.

 

Lecture plurielle

«Je travaille par séries liées à un format prédéfini (oblong, carré, ovale), ce qui constitue à la fois un défi, dans la mesure où cette méthode remet en question le geste et la composition; puis une série en amène une autre», commente Sylvie Mermoud, à qui il arrive de peindre plusieurs toiles en parallèle. Sur les fonds de couleur pure (les tons pastel ou terreux - les couleurs mélangées à du blanc ou du noir - sont actuellement bannis de la palette de l'artiste), le peintre imprime, au moyen d'un couteau ou d'un peigne, selon, des griffures qui animent et structurent ses compositions, leur conférant rythme, élégance et vie. «Si ces griffures sont fréquentes, d'autres gestes s'y mêlent aussi, faisant apparaître des traces sous- jacentes qui dévoilent parfois subtilement certains éléments, et en font surgir d'autres avec davantage d'éclat», explique Sylvie Mermoud.

 

Energie et contemplation

Pour elle, peindre c'est d'abord un geste libre et chargé d'émotion, une sorte d'écriture qui fait vivre - et donc vibrer - la composition. «Il ne me serait pas possible d'aborder mon travail avec une autre technique, ne serait-ce que parce que j'utilise le temps de séchage pour intervenir dans mes compositions», précise notre interlocutrice. Qui ajoute: «Lorsque je peins, ce qui compte pour moi, c'est d'être en phase avec une émotion, de vivre quelque chose de fort, aux antipodes de toute indifférence; d'où les couleurs vives et la texture très travaillée dans mes toiles. Il faut savoir se laisser sur- prendre et bouleverser par les choses, par ce qu'on ressent, pour être relié à la vie et lui trouver un sens. Ce phénomène doit se manifester à chaque fois et différemment, sans quoi la composition n'aboutit pas. J'espère que les gens ressentent cette énergie lorsqu'ils se trouvent face à mes peintures», commente-t-elle. En matière picturale, ses références ont pour noms notamment: Fautrier, Tal Coat et Rothko, dont elle se sent proche par le plaisir que donne l'acte de peindre, et aussi par le côté méditatif et contemplatif de leur travail ; et chez les contemporains: Emil Schumacher, peintre allemand né en 1911; et Anselm Kiefer, né en 1945, qui vit et travaille à Barjac en France. Et qui a récemment exposé à la Fondation Beyeler, à Bâle.

 

Pas morte, la peinture!

Sur le rôle de la peinture et son avenir, Sylvie Mermoud se montre aussi enthousiaste que confiante: «Malgré tout ce qu'on en dit, je crois que la peinture de chevalet a encore un avenir. Elle reste un champ à explorer et constitue une excellente contrepartie au monde virtuel qui nous envahit. Le côté physique, tactile, sensuel de la peinture a, dans ce contexte, plus d'importance que jamais pour moi. Et quand on cherche au plus profond de soi, ce qu'on y trouve est toujours nouveau et unique ! Il faut être ouvert à ce qui nous entoure, mais au moment de se mettre au travail, il s'agit d'oublier tout ça», conclut-elle.

 

P. de B.


CHEZ SYLVIE MERMOUD, LA MATIÈRE EST LE SUJET ET LE MOYEN DE CONSTRUCTION DE L'OUVRE.

 

Sylvie Mermoud

Une immersion par la matière dans la peinture

 

A chaque fois, la toile est entièrement recouverte, saturée d'une suc- cession de couches que l'on devine nombreuses, comme en témoignent les incisions tracées aux couteaux dans l'épaisseur de la texture.

Le tableau se fait sédiment, il est chargé, au propre comme au figuré, de la mémoire du geste du peintre qui inlassablement pose de la cou- leur sur la surface plane: la toile.

La palette est composée d'un large éventail de teintes, des plus terreuses au plus flamboyantes. Les tons sont montés, strate après strate, et génèrent une pâte onctueuse et vibrante qui enveloppe le spectateur tant sur le plan visuel que sur le plan olfactif! En effet, l'odeur acre de l'huile demeure longtemps encore après la sortie de l'atelier, comme si l'étape de séchage n'allait jamais prendre fin et le mouvement de la peinture «en train de se faire» sans cesse perdurer. Ce processus de recouvrement confère à l'ouvre un caractère «d'organisme vivant». Les lacérations (ou seraient-ce des scarifications) répétitives suggèrent, elles aussi, l'idée de corporalité. Ainsi, comme une peau déchirée et granuleuse dont la présence physique se ferait lancinante, presque oppressante parfois, la peinture diffuse alors sa propre lumière intérieure et sécrète son propre espace pour créer un sentiment d'immersion et une idée d'infini.

De la rencontre avec sa peinture, Sylvie Mermoud a donc fait une expérience physique. Le regardeur n'est plus devant les tableaux, il est dedans. Tout à la fois séduit et submergé par la violence de la facture, il recompose, en lui-même, le rapport entre la couleur et la matière et expérimente ainsi la force d'attraction de ce travail.

 

Quel rapport physique entretenez- vous avec vos toiles?

Un rapport intense où le corps entier est impliqué dans le faire. Je choisis souvent le format de 160 x 160 cm qui correspond à ma taille et ainsi un seul geste, allant de bas en haut, me suffit pour appliquer la peinture.

 

Pensez-vous qu'un jour vous toucherez la limite de vos procédures?

Non, je suis sûre que l'on peut repousser les limites et c'est en travaillant que je me rends compte qu'il y a toujours de nouvelles problématiques à explorer.

 

La couleur ou les couleurs, comment composez-vous votre palette?

Ces dernières années, j'ai radicalisé mes choix. J'utilise des couleurs plus acides, plus fortes comme le vert, le rouge et le jaune qui m'ouvrent à d'autres perspectives: une nouvelle manière de poser la peinture, d'autres façons de capter la lumière et de gérer l'espace pictural.

 

Est-ce que vous faites la peinture dont vous rêviez étudiante?

Non pas du tout! Aux Beaux-Arts, je m'intéressais aux objets que je met- tais en scène dans des installations sous forme de moulages. Plus tard, j'ai eu besoin d'un autre rapport à la matière et la peinture à l'huile s'est imposée pour les possibilités infinies qu'elle offre de réintervenir sans cesse dans la masse.

 

 

G Catherine Othenin-Girard Historienne de l'art, consultante auprès de la Collection BCV

 



 

 

 

E.S.F | Mail