Architecturer l'intuition

 

Martigny, Fondation Moret

 

Rien de plus rigoureux, construit et tendu que le travail de Carlès Valverde. Des angles droits, des arêtes aiguës, tout y obéit aux lois de la géométrie. Du moins au premier regard. Le second en révèle la part plus s e crète: celle de l'intuition, d'une sensualité à fleur de métal et de papier sous l'ascèse dépouillée, et d'une sensibilité vibrante dans sa manière de prendre la lumière. Les petites sculptures y ajoutent une dimension non moins inattendue: l'interactivité. On est prié de toucher les œuvres! Sous leur apparence statique, elles se proposent comme des puzzles 3D dont le visiteur est invité à explorer les combinaisons. Les grandes pièces, elles, entretiennent plutôt un rapport interactif avec l'espace. Leurs vides et leurs pleins, leurs horizontales et leurs verticales, leurs décrochements et leur disposition se font cadrages et mise en scène de l'espace alentour. Les gravures ne sont pas moins intrigantes sous leur savante simplicité. Pas de taille, pas de morsure et pas d'encre non plus, seul le passage sous la presse donne à leurs feuilles de plomb des irisations veloutées et à leurs pages de papier des gaufrages subtils. Elles s'installent parfois à l'angle d'un mur pour mieux, encore et toujours, entrer en dialogue avec le lieu et architecturer le regard sur le monde.

 

Françoise Jaunin - 24heures - 04.10.2004

Carte blanche à Carlès Valverde

Affinités électives


Pas de doute: il y a entre eux un air de famille. Parce qu’ils sont Espagnols tous les cinq? Parce que, hormis la benjamine, ils sont de la même génération? Sûrement que ces facteurs jouent un rôle: ne serait-ce que parce qu’ils ont permis leur rencontre à l’Ecole d’art de Barcelone, dans les mêmes galeries espagnoles ou à la foire internationale ARCO de Madrid, dont la 23e édition vient de fermer ses portes et où ils étaient tous exposés. Mais quand le Catalan d’origine et Vaudois d’adoption Carlès Valverde a reçu «carte blanche» de sa galerie lausannoise, il a surtout misé sur le principe des affinités électives et invité des plasticiens qui, comme lui, travaillent en rapport étroit avec l’espace et l’architecture, ont fait le choix de la rigueur sans oublier de laisser — comme le disait Braque — «l’émotion corriger la règle», et cherchent l’expression du minimum essentiel tout en gardant un rapport très tactile avec leurs matériaux. Et si tous travaillent aussi à l’échelle monumentale, c’est sur leur versant intimiste qu’ils se présentent ici. S’y imposent surtout les architectures dans l’architecture de Fernando Pagola (photo DR), l’univers poétique des «light boxes» de Mayte Vieta et la subtilité de géomètre intuitif de «notre» Carlès Valverde.

Françoise Jaunin - 24heures - 19.02.2004

 

Exposition: sous la géométrie, l'émotion

Sous la rigueur, il y a l'intuition. Sous le laconisme des formes, la sensualité des matières. Sous la simplicité, l'élaboration savante et la richesse des possibles. Dans le travail de Carles Valverde, il est moins question de géométrie que d'émotion, de construction mentale que de peau, de dépouillement que de concentration. Pourtant, les sculptures en acier et les estampes du Catalan de La Tour-de-Peilz s'en tiennent bel et bien à un vocabulaire où l'angle droit, les arêtes vives et l'austérité dictent leur loi. Non pas pour des raisons d'ascèse morale ou d'épure constructive, mais pour que la sobriété des formes permette à l'attention de se focaliser tout entière sur les qualités de réception de la lumière, de sensibilité du toucher, de tension des champs de force et d'intensité contemplative. Sans oublier la dimension ludique et malicieuse des petites sculptures modulables qui s'offrent aux jeux des combinatoires. 
Faut-il parler de gravure? Les plaques de Valverde sont vides de toute taille ou morsure. Elles se contentent de moduler, par gaufrages et collages, les différents «épidermes» de leurs feuilles de plomb et papiers de soie, d'émeri ou de maculature qui absorbent la lumière chacun à sa manière et appellent à la caresse méditative du regard.

Françoise Jaunin - 24heures - 8.06.2002


Carles Valverde, sculpteur, travaille le métal ; essentiellement l'acier, plaques et profils utilisés couramment dans l'industrie, qu'il oxyde, sable, patine. Son univers s'identifie à la géométrie, sa sculpture est régie par l'ordre des coupes, des angles et des arêtes vives. A première vue, rien ne vient contredire la rigueur des formes. On y souscrit pour la netteté de la vision et la beauté des surfaces. Mais en réalité, rien n'est plus variable que cette géométrie ; des petites pièces à l'échelle de la main, denses et massives, à leurs versions monumentales posées à même le sol, les sculptures n'ont qu'une apparence transitoire. Ici, on est autorisé à toucher ; deux polygones irréguliers, emboîtés l'un dans l'autre, se désolidarisent pur se recomposer en de multiples figures complexes. Ce qui semblait définitif est en réalité un possible parmi d'autres. Par le jeu de combinaisons à inventer, la sculpture se dresse ou s'étale, se ramasse, joue du plein et du vide. Elle invite et stimule, à s'y perdre, le regard (quel équilibre ? quelle tension ?), la logique (tant de basculement !), la spacialité (s'étendre ou se tendre ?). On apprend quelque chose sur la structure interne d'une forme simple, les mystères qu'elle contient, les apparences dont elle dispose.  A travers la manipulation de ces volumes, on expérimente directement l'espace. La démonstration est ludique, l'idée est généreuse. Les sculptures verticales qui ne se combinent pas affirment leur dimension unique, soulignée par des arêtes disjointes. Dans la masse du métal, des fentes étroites comme des pièges invitent le regard et la lumière à traverser la matière dense.

Carles Valverde, graveur, demeure encore sculpteur. Enchâssées dans des cadres d'acier qui réfèrent au travail de sculpture, les gravures explorent d'autres formules géométriques sans encrage ni intervention de trace picturale. Carrés et rectangles naissent des passages sous la presse de plaques de métal dont il ne reste sur le papier que la forme gaufrée. Dans ces creux, des applications - papier coréen, papier japon, papier maculature -, superposées parfois, définissent des valeurs de beige, grège et gris très fins. Ou encore de minces feuilles de plomb mat, ou d'acier inoxydable qui reflètent un espace illusoire, donnent un nouveau corps au tirage. Le graveur emprunte ses matériaux au sculpteur. Gaufrages et applications, papier, métal, lignes nées des interstices se croisent et se traversent en des rythmes réguliers et construits.

La géométrie est un langage de clarté et de simplicité qui recèle toutes les complexités. Le travail de Carles Valverde s'élabore à partir de propositions simples dont il révèle avec finesse et modestie les inépuisables richesses.


Marie-Fabienne Aymon
Fondation Louis Moret, Martigny


La ligne pure de Carles Valverde


Depuis dix ans qu'il habite la Riviera vaudoise, le sculpteur catalan Carles Valverde s'est fait un nom dans le domaine de la sculpture. Cet amoureux des volumes géométriques, clairs et harmonieux, travaille principalement l'acier. Avec cette masse brute et ingrate, il conçoit des sculptures très zen et élégantes, qui donnent à l'espace qu'elles occupent une épaisseur magnifique. L'artiste crée également des œuvres bidimensionnelles, associant papiers et feuilles de plomb qu'il passe sous la presse. Gaufrage astucieux et mélange des matières offrent juste ce qu'il faut de profondeur pour que le regard du spectateur se trouve proprement aspiré par ces très belles gravures.

Le Matin - 19.01.2001


Valverde exprime la beauté d'un langage de géométries


C'est dans la pureté des lignes, la sobriété des formes, la rigueur de géométrie aux angles nets que s'exprime le sculpteur Carles Valverde, artiste d'origine espagnole qui vit et travaille en Suisse depuis dix ans. Le métal est son matériau de prédilection, surtout l'acier qu'il oxyde et patine, érigeant de hautes stèles aux arêtes vives dans lesquelles d'étroites ouvertures captent la lumière ou le regard. Il crée aussi de petites sculptures ludiques aux éléments modulables que l'on peut manipuler, introduisant ainsi un dialogue créatif et stimulant avec le spectateur. Valverde aime aussi explorer de nouvelles techniques. Comme ces œuvres sur papier prolongeant son travail de sculpteur. Gaufrés sous presse, les grands papiers explorent des géométries variables. Dans leurs creux, l'artiste superpose des feuilles de papier fin, parfois ombrées de bleu, ou encore de minces feuilles de plomb qui animent l'œuvre de leurs gris moirés. De la sculpture aux gravures et collages, cet artiste développe un langage de belle richesse, où la rigueur et la clarté des formes s'expriment avec une extrême sensibilité.

La Côte, 05.12.2000


Une mathématique sensuelle


Géomètre ? oui, mais du sensible. Ascète ? oui mais sensuel aussi. Adepte du seul angle droit ? pour mieux faire le partage de l'ombre et de la lumière. Carles Valverde est de retour à la Galerie Fischlin avec une série de sculptures et de gravures récentes qui conjuguent à leur manière l'esprit de finesse chers à Pascal. Rien de plus rigoureux et de construit, apparemment, que ces estampes et ces volumes en acier patiné. La tension des lignes n'y souffre aucun écart. Mais sous l'implacable carcan, la mathématique est intuitive. Sous l'austérité et le silence des formes, la matière invite à la caresse de l'œil. J'aime l'émotion qui corrige la règle, pourrait dire le Catalan de La Tour-de-Peilz en retroussant la fameuse phrase de Braque. Mais dans le registre de l'infime, de l'indicible. Les sculptures sont des stèles sombres, des noyaux durs de matière qui s'évident pour se laisser pénétrer par des ouvertures de lumière. Combinant gaufrages et collages, les gravures n'ont ni tailles ni morsures. Entre la luminosité du papier et l'anthracite absorbant des feuilles de plomb, il y a, dans leur savante simplicité et leur émotion contenue, quelque chose de cistercien. 

Françoise Jaunin - 24 Heures - 21.11.2000


Bâtisseur à géométrie variable

 
Carles Valverde : entre force et finesse


Une exposition de Carles Valverde, vous pouvez la voir plusieurs fois sans jamais y retrouver tout à fait les mêmes pièces. Conçues sur un mode combinatoire, sa sculpture en appelle à votre goût du jeu et à votre sens de la construction : faite de deux ou plusieurs éléments qui peuvent s'imbriquer, s'emboîter, se décaler et se recomposer de toutes sortes de manières, chaque sculpture est riche de toute une palette de possibles. Rien de virtuel pour autant, les pièces de Valverde sont tout ce qu'il y a de concret, solide et résistant : d'acier, de volume massifs, d'angles droits et d'arrêtes vives, elles offrent aux déclinaisons individuelles leurs sobres architectures à géométrie variable.
Depuis un peu plus d'un an, Carles Valverde, le Catalan qui vit à la Tour-de-Peilz et tape le métal dans son atelier d'Echandens, s'est aussi mis à la gravure sous la houlette de l'excellent Raymond Meyer à Pully. Belle résonance ; à la puissance massive des sculptures vient désormais répondre le raffinement des estampes, où les différents niveaux obtenus par gaufrages et applications de feuilles de papier et de métal où l'anthracite sourd du plomb fait écho au miroir de l'acier poli, rappellent le travail du sculpteur. D'autant que les planches sont enchâssées dans des cadres d'acier qui renvoient aux pièces en volume, que de part et d'autre le vocabulaire est le même (géométrique, austère, concentré, tendu) et conjugue en inversant ses priorités la force avec subtilité.

Françoise Jaunin, 24 Heures - 13.10.1998

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